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[ITW] Frédéric Attal : « Il faut avoir le goût du risque »

Découvrez l’interview de Frédéric Attal, le directeur du CALHISTE EA 4343. Pour nous, il revient sur sa carrière, son arrivée à la tête du CALHISTE et ses conseils aux doctorants.

[ITW] Frédéric Attal, directeur du CALHISTE

BIO EXPRESS

01-07-2016 : Directeur du CALHISTE
01-07-2015 : Directeur-adjoint de la Faculté des lettres, langues, arts et sciences humaines
01-09-2014 : Intègre l’Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis
2013 : HDR
2000 : Doctorat d’histoire
1990 : Agrégation d’histoire

Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis : Pourquoi avez-vous décidé de rejoindre l’Université de Valenciennes ?
Frédéric Attal : J’ai eu la chance dans ma carrière universitaire de connaître de multiples expériences : l’université de région, de banlieue parisienne, l’Institut d’études politiques de Paris, l’École normale supérieure de Cachan… Globalement, j’ai apprécié de pouvoir travailler dans de « petites » entités de recherche et d’enseignement – des départements ou facultés avec relativement peu d’étudiants. Ainsi, lorsqu’en février 2014, j’ai eu connaissance qu’un poste de Professeur était vacant à l’Université de Valenciennes, j’ai pensé que je pouvais être dans mon élément. En effet, je me suis toujours senti à l’aise dans ce type de structure à taille humaine où il n’est pas difficile de connaître tant ses collègues que les étudiants. Le poste était compatible avec mon profil, puisque j’ai la lourde tâche de succéder à Tamara Kondratieva, spécialiste d’histoire des relations internationales et de la Russie, quand je travaille quant à moi sur la diplomatie publique des États-Unis et sur l’Italie.
Qui travaille dans une petite unité de recherche en outre doit nécessairement travailler dans « l’interdisciplinarité ».  Ma formation à l’ENS par le concours de sciences sociales m’avait plongé dans un bain que je qualifierai de pluridisciplinaire, mais ce n’est pas pareil. Là les disciplines se côtoyaient. A l’université de Valenciennes, lettres, langues, histoire, géographie, arts…  sont étroitement liés parce que leurs représentants travaillent ensemble et c’est ce qui rend le travail de recherche passionnant. Ainsi, le principe des séminaires de master (mention études culturelles) repose sur la nécessaire interdisciplinarité : un enseignant-chercheur en littérature française ou comparée par exemple peut animer un séminaire avec un historien, comme ce fut le cas avec Vincent Vivès et moi-même sur des thématiques qui nous intéressaient (celle de la circulation culturelle).

"Je me suis toujours senti à l’aise dans ce type de structure à taille humaine où il n’est pas difficile de connaître tant ses collègues que les étudiants."

Pourquoi et comment êtes-vous devenu Directeur du CALHISTE ?
Je suis arrivé à la direction du CALHISTE peu après que ma collègue Corinne Beck professeur d’histoire médiévale, a achevé son mandat et que Jean-Charles Herbin, professeur de langue et littérature médiévales, qui avait déjà dirigé la structure, a assuré une transition réussie. Tant Corinne que Jean-Charles ont dessiné le CALHISTE tel qu’il existe aujourd’hui et je m’inscris dans leurs pas : poursuite et développement de l’axe « Territoires » et « Créations et digital humanities », de l’axe transversal sur « Transports et mobilité », refondation de l’axe 2 autour de l’idée de « Rencontres ». Celui-ci aborde aussi bien la « rencontre » des disciplines, que la rencontre de civilisations, de langues sans oublier les questions d’éthique.

Selon vous, quelles sont les qualités nécessaires pour occuper ce poste ?
Prendre la direction du laboratoire du CALHISTE était cohérent avec ma position de directeur adjoint de la FFLASH, puisque Stéphane Hirschi, son directeur, a confirmé la politique de son prédécesseur (V. Vivès) en me confiant la direction des masters de la Faculté. Or les masters doivent être étroitement liés au CALHISTE, c’est maintenant une obligation, logique au demeurant, puisque les masters s’adossent à la recherche. Veiller à maintenir une passerelle solide entre le master et le CALHISTE est l’une de mes tâches, pas la plus simple, car tous les étudiants de master ne s’engagent pas dans la recherche. Quant aux qualités nécessaires, je ne saurai y répondre autrement que l’ouverture intellectuelle, mais c’est une évidence.
Un ou une directrice de laboratoire doit dessiner les grandes orientations à court et moyen termes (organisations de journées d’études et de colloques, publications, lancement de projets de recherche) et bien sûr gérer un budget. Fort heureusement, je ne suis pas seul. Sophie Ballet, secrétaire du CALHISTE, assure non seulement la logistique et le bon fonctionnement du laboratoire, mais encore le suivi financier – et sans elle, ce serait impossible. Outre deux adjoints, Véronique Lagae (linguistique) et Ludovic Nys (histoire de l’art), je peux fort heureusement aussi m’appuyer sur les responsables et animateurs d’axes.

"La petite taille du CALHISTE fait travailler l’intelligence, celle qui consiste à aller vers l’autre et à ne pas ronronner dans sa discipline."

Quelle est la force du CALHISTE, comment définiriez-vous votre labo ?
Je dirais que la petite taille du CALHISTE fait travailler l’intelligence, celle qui consiste à aller vers l’autre et à ne pas « ronronner » dans sa discipline. L’interdisciplinarité est très stimulante intellectuellement, mais également exigeante. Chaque discipline a son histoire, sa logique, et surtout ses savoir-faire, une épistémologie propre qui requiert une grande maîtrise de la bibliographie la concernant. D’où le nécessaire dialogue, une partition à plusieurs voix qui s’écoutent les unes les autres.

Quels conseils donneriez-vous à un doctorant ?
La recherche c’est une production or ce que l’on valorise beaucoup en France, c’est le concours, à savoir une reproduction (celle d’un savoir, et certains sociologues ajouteraient la reproduction sociale). Le docteur en lettres ou sciences a donc du mal à s’imposer : au virtuose expert dans un domaine ou un thème précis, on préférera souvent en France le touche-à-tout adaptable. D’où le manque de reconnaissance, hélas, dont pâtissent les titulaires d’un doctorat, dans les milieux économiques et politiques – pas tous, bien sûr ! – manque de reconnaissance symbolique mais aussi plus concrètement insuffisance encore de débouchés professionnels autres que l’enseignement-recherche.
Mon premier conseil c’est qu’il faut posséder le goût de créer, d’imaginer. Savoir sortir des sentiers battus. Or on a du mal à admettre qu’une thèse n’est pas forcement liée à quelque chose de pratique. Mon deuxième conseil serait qu’il faut avoir conscience que ce n’est pas un chemin facile : il faut avoir le goût du risque ! Le doctorat représente un risque plus grand dans notre pays qu’ailleurs, pour les raisons que je viens d’évoquer. Il faut pouvoir assurer ses arrières, avoir un concours et bien sûr se tester grâce au master. Mais je suis optimiste : l’avenir appartient aux docteurs de l’Université.

"L’avenir appartient aux docteurs de l’Université."

Quelle est votre devise ?
Difficile à dire. Je parlerais d’un idéal plutôt. Cela tournerait autour de l’imagination, une imagination poussant au franchissement d’une barrière symbolique en-deçà de laquelle il y a le connu, le convenu. Squirrels to the nuts et non plus Nuts to the Squirrels a dit Lubitsch. Il faut déclencher le passage entre la culture acquise – l’héritage, les lectures –, la culture emmagasinée, emprisonnée, à la création « authentique » (genuine dirait-on en anglais). Je pense qu’une polyphonie disciplinaire favorise cette imagination et ce passage.

[FOCUS]Les axes de travail au CALHISTE

Le CALHISTE rassemble un nombre très important de disciplines des Sciences Sociales et Humaines, regroupant les domaines disciplinaires suivants : Espace, environnement et sociétés / Esprit humain, langage, éducation / Langues, textes, arts et cultures / Mondes anciens et contemporains.
Le principal objet d’étude de l’équipe est l’homme, sa vie en société et ses productions artistiques et littéraires, saisis dans un large champ interdisciplinaire. Le CALHISTE s’attache à l’étude du social et des humanités à travers toutes les activités de la vie en société, à travers les rapports au territoire et à l’environnement, dans la  longue durée, dans des aires chrono-culturelles et des milieux diversifiés. L’étude croisée de l’espace et du temps, du texte, de l’image, de l’objet et de la donnée de terrain, s’y veut au service d’une meilleure compréhension des sociétés du passé comme des réalités contemporaines.